Trogir

Nous quittons le sud de la Dalmatie en direction de Split et des trésors de la côte. Au moment où nous reprenons la route, un voile opaque commence à recouvrir le ciel. Les prévisions météorologiques annoncent des orages et de la pluie toute la semaine sur tout le pays,… ça craint !

Alors que jusqu’ici nous avons laissé beaucoup de place à l’improvisation, j’avais pris soin de planifier la dernière partie de notre voyage minutieusement : les villes côtières chargées d’histoire, les parcs nationaux et l’exploration des îles. Mais ce temps vient tout chambouler. Adieu la fête à Hvar et la plage paradisiaque de Zlatni Rat à Brac. J’avoue qu’entre ça, la fatigue, les heures de route et quelques mauvaises surprises en arrivant à l’hôtel, j’étais un peu gagnée par la déprime. Bah oui ça peut arriver aussi en vacances, mais une bonne nuit de sommeil et une victoire de l’Italie contre l’Angleterre au mondial, et ça repart. Après tout, on ne va pas rester là à se tourner les pouces. Alors on saute dans la voiture en direction de Trogir.

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Un musée à ciel ouvert

Trogir est une charmante ville médiévale, rattachée par un pont à l’île de Ciovo, et reliée par un autre au contient. Elle fut fondée par les Grecs au 3ème siècle AC qui la nommèrent Tragurion, ce qui signifie « l’île aux chèvres », en raison de la forte présence de cet animal sur cette terre.
Inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, Trogir est un véritable concentré du Moyen-Âge. Elle fut une cité prospère qui échappa aux incursions barbares. Elle se développa sous la souveraineté des rois hungaro-croate, avant de subir l’influence de la sérénissime qui occupa la globalité de la côte dalmate. Trogir, comme les îles du littoral, resta sous occupation vénitienne jusqu’en 1797 avant de passer à l’Empire austro-hongrois.

Nous entamons notre visite de cette cité par la « Porte de la Terre Ferme », l’une des trois entrées donnant accès à l’intérieur des remparts. La porte est surmontée par une statue de Jean-le-Bienheureux, évêque envoyé par le Pape en mission à Trogir.
Nous nous retrouvons dans des ruelles étroites et tortueuses, bordées de maisons en pierre lumineuse. On comprend vite pourquoi notre guide qualifie Trogir de ville-musée au vu du nombre d’édifices religieux et historiques au mètre carré.

Nous arrivons rapidement à la place principale de la ville : la place Ivana Pavla II (Jean-Paul II). Envahie de parasols et terrasses de café, l’esthétique de cette place en met malgré tout plein la vue.

La star de la place est la cathédrale Saint-Laurent, considérée comme l’une des plus belles du pays. Datant du 13ème siècle, elle nous marque surtout par son portail entièrement sculpté. De style roman, il s’agit d’une œuvre du croate Radovan. Le portail est encadré de deux lions, symboles de Venise, sur lesquels reposent Adam et Eve. Sur les colonnes qui l’entourent, nous pouvons voir des représentations d’apôtres et de créatures fantastiques.

Nous visitons l’intérieur. Il y a des stalles en bois sculpté et des statues des évangélistes.
Je suis toujours impressionnée par tant de talent artistique lorsque je rentre dans une église. Surtout quand je pense à l’époque de leur réalisation, quand je vois ces grandes arches et ces plafonds si hauts, et que je compare à ce qu’on construit de nos jours…

Nous sortons de la Cathédrale et nous dirigeons vers le Campanile qui se trouve à côté. Le Campanile est haut de 45 mètres et se compose de 3 étages, chacun dans un style différent. A l’entrée, un panneau peu rassurant indique que la montée est interdite aux enfants de moins de 14 ans, et que vous y grimpez « à vos risques et périls ». Le ton est donné… mais ce n’est pas ça qui va arrêter les intrépides que nous sommes.

Nous montons d’abord par un escalier à vis étroit, avant de poursuivre par une passerelle métallique un peu vertigineuse. Cependant, on n’a trouvé ça moins dangereux que les marches en bois du campanile de Rovinj. Par contre, quand il y a une personne qui n’avance pas dans la descente et bloque le passage dans les deux sens, c’est un brin frustrant. Mieux vaut avoir de la patience 😉 Au sommet, nous avons une vue agréable sur les toits rouges de la ville et les environs. Nous croisons également des personnes en costume du Moyen-Âge. A ce moment-là, on se dit qu’il y a vraiment des gens spéciaux, parce que ce sont clairement des touristes…

Nous redescendons sur la place pour admirer les autres bâtiments. Mon regard est attiré par le palais Cipiko, une très belle bâtisse de style gothique vénitien. J’admire le magnifique balcon, ainsi qu’un coq en bois sous le porche, trophée rapporté par le commandant Cipiko lors d’une bataille opposant les Vénitiens aux Turcs ottomans.

Sur la place toujours, on trouve une élégante loggia, qui à l’origine était un tribunal en plein air, devenu ensuite une prison puis une salle de spectacle, et qui est surmontée d’un beffroi.

A sa gauche, l’hôtel de ville de Trogir (ancien Palais des Recteurs) sur lequel on peut voir les armoiries de familles importantes de la ville. On trouve également sur la place la petite Eglise Sainte-Barbara, la plus ancienne de la ville.

Nous nous dirigeons ensuite dans les ruelles de la ville, un peu au hasard. Nous croisons le couvent bénédictin Saint-Nicolas, et débouchons sur la Porte Sud qui nous emmène hors des remparts, devant la mer. Il y a une petite loge à côté de la porte, pour les étrangers ou les retardataires qui arrivaient après la fermeture des portes de la ville.

Nous nous promenons alors hors des remparts, le long de la mer. On remarque des échoppes qui vendent des produits médiévaux, notamment des bijoux en bois ou en cuivre. Il y a des touristes du monde entier et de tout horizon. D’ailleurs, je n’avais jamais vu autant de groupes de motards auparavant : il y avait des allemands, des français et des italiens. On en voit beaucoup en Croatie.
Au fur et à mesure que l’on s’approche de la fin de la promenade, les échoppes se multiplient, et toujours sur le thème médiéval. On vend des articles aux symboles religieux, puis des armes en bois, et même des armes défensives comme des boucliers et casques du Moyen-Âge. On se croirait dans un décor de cinéma… Et là, on remarque que plein de gens portent des costumes d’époque. Cela va du barde à la bonne sœur, ou au chevalier. On se demande vraiment ce qui se passe. On repense alors aux touristes en haut du campanile et on se dit qu’on est arrivé au moment d’une foire médiévale ou d’un festival d’art et folklore… on est encore loin de s’imaginer la réalité.
On arrive à la forteresse de Kamerlengo qui se trouve à la fin de la promenade. Et là, on aperçoit des drapeaux indiquant « Battle of the nations ». Mais qu’est-ce que c’est que ça ?

Un saut au Moyen-Âge lors de la Bataille des Nations

On aperçoit des tentes de couleurs différentes, puis des drapeaux, et des gens vont et viennent en costume d’époque. On se renseigne à l’entrée, et on apprend qu’il y a un tournoi de batailles médiévales, avec des participants venus du monde entier. Pris de curiosité, nous achetons un billet pour la journée, car il paraît qu’en plus, c’est la finale ! Et on n’aura peut-être plus jamais l’opportunité de voir ce genre de chose.
Nous pénétrons dans un monde complètement surréaliste, passons par un camp où des villageois en habillés en collant et large chemise d’époque ont allumé un feu sur lequel reposent des chaudrons fumants… Des drapeaux de divers pays flottent dans les airs, et nous nous retrouvons au milieu de villageois et de guerriers. Un champ de bataille a été délimité, entouré de gradins où se mêlent touristes, curieux et convaincus. On s’imagine voir surgir Jacquouille la Fripouille, Robin des Bois ou Merlin l’Enchanteur à tout moment. On croirait avoir fait un voyage dans le temps, si ce n’était le micro du commentateur, les écrans géants et les caméras qui filment les combats. Car cet événement est retransmis intégralement sur le net, et est soutenu pas des chaînes de radio et de télévision.

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On a appris par la suite (merci internet) que cet événement existe depuis 5 ans : il s’agit de combats du Moyen-Âge, avec plusieurs catégories (1 contre 1, 5 contre 5, femmes, etc.), qui se déroulent chaque année sur plusieurs jours, et toujours dans un lieu historique médiéval. Cette année le décor est plutôt époustouflant vu que depuis les gradins, on voit le champ de bataille avec derrière les tentes des différentes nations, et une forteresse en arrière-plan. Ca a quand même du succès car il y a des équipes nationales de France, Russie, Ukraine, Suisse (la Suisse qui se bat? Vraiment ?), Angleterre, Italie, Grèce et même des Etats-Unis, d’Australie et de Nouvelle-Zélande et bien d’autres encore! En plus, ce qui est vraiment sympa, c’est que les tenues respectent les traditions culturelles. Le plus flagrant étant l’Ecosse dont les combattants portaient tous le kilt.

On a vu les derniers combats, à 5 contre 5. Les combattants se battent avec de véritables armures et épées en métal. Dès qu’un joueur tombe, il est éliminé. La première équipe dont tous les combattants sont à terre a perdu. Une musique d’ambiance donne le ton, et un commentateur signale le début du match en anglais. Les 2 équipes restantes sont russes. Les joueurs se foncent dedans en un contre un et lorsqu’un premier homme est à terre, l’adversaire vient à la rescousse d’un coéquipier et on assiste à des 2 contre 1, puis 3 contre 1, etc. On entend les épées se heurter, bien que depuis les gradins cela semble un peu du chiqué, d’autant que le combat ne dure pas plus de quelques minutes. Pourtant cela doit être assez physique car on a vu des blessés… A la fin de la journée, c’est la Russie qui a remporté le tournoi. Toutes les équipes se sont ensuite présentées solennellement devant le public, et s’en suivit une remise des prix (avec des prix pour les costumes – la France ayant obtenu le prix des tenus les plus authentiques – ou encore pour le meilleur merchandising ou la meilleure nouvelle équipe). Bon, c’est clair qu’on n’aurait pas été à ce genre d’événement si on n’était pas tombé dessus par hasard, mais c’est ça aussi qui fait les bonnes expériences des vacances. Et puis on n’est plus une « geekerie » près 😉

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Le temps se gâtant par la suite, nous avons pris le chemin du retour. Sur la promenade menant aux portes de la ville, nous avons pu profiter du spectacle des artistes de rue, musiciens et danseurs, dans le thème médiéval bien sûr.

La route des chateaux

Pour revenir vers la banlieue de Split, où nous logions, nous avons emprunté une route secondaire sur la côte, dans la région de Kastela. Il s’agit d’une succession de 7 petits ports, ayant la particularité de posséder chacun un château. Il s’agissait de manoirs construits par des bourgeois qui souhaitaient des résidences secondaires, et souvent fortifiés pour se protéger des attaques turques. On ne s’est arrêtés que dans 3 des villages, car la pluie se fit de plus en plus battante, jusqu’à ne plus y voir grand-chose. A voir surtout, Kastel Stafilic qui se trouve relié à la terre-ferme par un pont levis. Il y a là un petit port agréable et une jolie église baroque.

A ne pas manquer non plus, Kastel Luksic, avec le château Vitturi qui présente un mélange de styles Renaissance et Baroque, et qui a littéralement les pieds dans l’eau. On raconte une légende sur une des habitantes du château : Dobrila Vitturi, la fille de la famille Vitturi. La légende raconte l’histoire d’amour entre Dobrila et Miljenko Rusinic, le fils d’une famille rivale. Une histoire au destin tragique, sorte de Roméo et Juliette version croate.

Kastel Vitturi

Et c’est ainsi que s’achève notre aventure à Trogir et environs…

S.

photos ©juventina010

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