Sur les chemins berbères

Me revoilà avec la suite de nos aventures à Marrakech. Le temps d’une journée, nous avons eu envie de fuir l’agitation de la ville pour explorer la région. En 4×4, avec un guide local, nous partons sur les chemins berbères, à la découverte d’un mode de vie traditionnel, aux antipodes de notre confort d’Occidentaux.

La journée commence sur les plaines d’Al Haouz, aux portes de l’Atlas, la montagne la plus haute du Nord de l’Afrique.

Rapidement, la route commence à zigzaguer alors que nous entamons l’ascension au pied de la montagne. Un troupeau de chèvres nous barre la route, le guide en profite pour s’arrêter afin qu’on puisse admirer le paysage. D’un côté, nous observons des dunes désertiques à perte de vue. De l’autre, un village en bordure du barrage de Lalla Takerkoust, un grand lac artificiel, dans une région où l’eau est une ressource précieuse et rare.

Notre guide nous raconte que les villages berbères dans l’Atlas sont de plus en plus alimentés en eau potable notamment grâce à des puits. Mais ce n’est pas encore une majorité. Les habitants doivent parfois parcourir de grandes surfaces afin de chercher de l’eau. Sur la route, des femmes faisaient leur lessive à un ruisseau tandis que d’autres descendaient un village à pied pour se rendre à la source. Nous avons même croisé un enfant qui descendait à dos d’âne, un sac plein de bouteilles.

Nous continuons notre ascension. La route nous entraîne à la découverte de nombreux villages parsemés dans le décor et qui épousent la pente des montagnes pour se fondre dans le paysage. Les villages berbères sont dénués d’industries. Ils sont construits selon les techniques berbères, en matériaux naturels: en pierre, en terre, en argile rose ou en pisé.

Les maisons berbères sont ouvertes au centre et les familles y habitent avec leur bétail (il n’est donc pas rare de voir une vache dans la maison). Le confort est minime mais la vie semble paisible. Le temps a même l’air figé, aussi bien dans le calme ambiant que dans le mode de vie. Les habitants sont surtout des paysans qui vivent grâce à la culture et à l’élevage, et se servent notamment des ânes et mulets pour labourer ou se déplacer.

A l’origine, la religion des berbères était majoritairement le judaïsme, mais après les invasions arabes, ils se sont convertis à l’islam. Il y a encore des berbères juifs, mais la plupart ont émigré en Israël ou ailleurs.
Ainsi, chaque village a sa mosquée (avec ou sans minaret). L’imam (le guide spirituel, équivalent du prêtre ou du pasteur) vient parfois de très loin pour exercer sa fonction. Les familles du village se relayent pour le nourrir.

Nous traversons des paysages changeant, d’abord désertiques, puis montagneux, avec le sommet du Toukbal en point de mire. La végétation devient plus verte et rappelle les paysages corses ou les montagnes calabraises.
Nous passons près d’Asni où Richard Bronson a fait construire un magnifique hotel de luxe.

Nous passons également par le village de Moulay Brahim, haut lieu de pélerinage. Les femmes s’y rendent pour rencontrer un marabout et chercher le bonheur. On raconte qu’elles y viennent principalement pour avoir de la chance en amour ou pour la fertilité.

En chemin, on voit les enfants rentrer de l’école. Il faut savoir que l’école n’est pas obligatoire au Maroc. Jusqu’il y a peu, la scolarité était même réservée aux garçons, mais le roi a changé la loi pour permettre aux familles d’y envoyer leurs filles. On apprend par notre guide que de nombreuses lois sont passées sous Mohammed VI, notamment après le printemps arabe. La langue berbère, très différente de l’Arabe, est devenue officielle grâce à ça, en 2011.
Parmi les enfants, certains tentent de nous arrêter pour quelques pièces.

Nous arrivons à la vallée verdoyante de l’Ourika. La pause déjeuner est la bienvenue. Au menu: salade de tomates, tajine de poulet au citron et oranges à la canelle. Un régal! Le panorama est exceptionnel avec vue sur la rivière Ourika qui serpente au milieu des champs et des vergers.

Nous descendons ensuite dans un petit village sur la rive de l’Ourika. Nous y visitons une coopérative de femmes fabriquant de l’huile d’argan. La coopérative fait travailler des femmes en situation précaire (sans éducation, seules, parfois avec enfants) et leur garantit un revenu suffisant et régulier, assurant leur subsistance. Ces gentilles femmes ont accepté de nous montrer leur manière de travailler.

L’huile d’argan est tirée du fruit de l’arganier, un arbre endémique du Maroc. Les fruits sont ramassés à la main et séchés. Ensuite, il faut asser la coque et en retirer l’amandon (comme une noix). Les amandons sont ensuite moulus à froid à l’aide d’un moulin traditionnel, ce qui permet de maintenir la teneur en vitamine E de l’huile.

Il faut environ 30 kgs de fruits et 10 heures de travail pour produire 1 litre d’huile!
Pour l’huile d’argan alimentaire, les amandons sont d’abord torréfiés avant d’être concassés. Cela donne une huile au goût de noisette, idéale pour les salades.
L’huile d’argan cosmétique est quant à elle utilisée sous sa forme d’huile, ou sous forme de crème, savon, ou autre produit. Elle permet d’hydrater la peau, de donner un aspect soyeux aux cheveux, ou encore de lutter contre les plaques d’eczema ou les vergetures. Ses mérites ne sont plus un secret 😉

Ensuite, nous terminons notre journée découverte par une visite d’une maison berbère.

Le chef de famille nous fait visiter. A l’entrée, le moulin à grain permet de faire de la farine grâce au mécanisme d’une pierre qui tourne à la puissance de l’eau. La famille utilise l’eau de la rivière qui coule juste à côté.

Ensuite, nous passons dans la cours intérieure, qui donne accès à chaque pièce de la maison: le hamman/salle de bain chauffé au feu de bois, le salon, la chambre qui est commune à tous, le garde-manger très rudimentaire, et enfin la cuisine.

La famille est réunie à genou autour d’un plat de viande, et chacun se sert en mangeant à la main. Pas très hygiénique, mais on sent que c’est un moment de communion.
L’hôte nous montre les plats, les théières ainsi que la vaisselle de luxe réservée aux grandes occasions. Derrière, une petite cours avec jardin et potager et l’Ourika en toile fond.

On peut alors donner une petite contibution pour la visite, pas obligatoire mais on se dit que ça le vaut bien. Il y a bien sûr aussi un petit magasin d’articles berbères.

C’est ainsi que s’achève cette belle journée découverte.

Tanmirt (merci, en berbère) pour votre lecture et je vous dis à bientôt pour la fin des aventures à Marrakech.

 

S.

photos ©juventina010

Plus sur Marrakech:
Marrakech #1: La Koutoubia
Marrakech #2: Les souks

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